PHOTOGRAPHE
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Exposition Coyōtl 2018

Indian frange

Amielle Clouâtre

« Il serait peut-être plus juste de dire que je suis « sans voix ». Dans la langue française, ces expressions : – être... rester sans voix – renvoient à la difficulté de traduire dans les mots l’éprouvé d’une émotion ».- Martine Dutoit, « Être et rester sans voix… », (2007)


COYOTL

Les « passeurs », dits Coyotl, sont des êtres pour le moins complexes. La référence à l’animal n’est pas fortuite, car le coyote est marqué par une historiographie symbolique chargée de sens : à la fois escroc et spirituel, il fait craindre et rassure à la fois.Le premier terme que me vient en tête lorsque je tente de décrire la genèse de cette exposition est « fascination ». Toutefois, le mot dérange, me dérange, car il semble insinuer une sorte d’admiration. 

Du latin Fascinatus, la définition étymologique me rend pourtant justice : « maîtriser par la force du regard » (Robert, dictionnaire étymologique de la langue française). Voilà ce qui m’habitait comme sensation –  et la raison pour laquelle ce vocable semble surplomber tous les autres.  Mais de quel regard s’agit-il ? Est-ce le mien sur ces images, ou est-ce elles qui m’observent et s’imposent ? Cette tension me semble provenir d’au-delà de ma personne. La géopolitique qui entoure ces images et leurs réalités explique probablement pourquoi mon individualité n’arrive pas à s’imposer.

Le Mexique… Ce pays m’habite depuis si longtemps : son peuple, sa terre, son histoire, tout m’interpelle et m’éblouit. Plus spécifiquement, ma source première d’inspiration provient des États limitrophes entre le Mexique et les États-Unis. Enveloppée par de sublimes déserts, cette vaste zone me permet toute la liberté nécessaire pour jouer avec l’abstrait. 

En ce sens, mon approche se veut abstraite et intimiste. Au moyen de l’abstraction, je désire ouvrir le champ des possibles pour ceux qui les observent, leur permettant ainsi de faire leurs propres conclusions. L’intimité, elle, provient directement cette ouverture ; mais fait également référence à une curiosité, voire un micro voyeurisme. 

Ma création provient de cette fascination qui me permet à la fois d’agir, de réagir et d’observer, parfois presque passive et impuissante. Le thème lui-même appelle cet état d’esprit. Et moi, je ne suis que celle qui perçoit, qui juge, qui questionne et se questionne. Dès lors, ma démarche se veut intuitive, ce qui implique une forme d’affect et de vulnérabilité. Sans me permettre d’entrer dans l’intimité des drames humains qui se jouent concrètement dans ces zones, je ressens toutefois un effroi, une empathie profonde. Mon travail se veut en quelque sorte un hommage à ces vies, ces lieux ; mais sans autre prétention que de présenter ma version subjective. J’en reviens au terme fascinatus, car malgré une certaine « volonté de maîtrise par la force de mon regard », c’est avant tout votre regard qui donne la force à ces images ; et qui, par le fait même, les rend fascinantes. Être sans voix, c’est aussi ça pour moi…