PHOTOGRAPHE
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Exposition Coyōtl

« Il serait peut-être plus juste de dire que je suis « sans voix ». Dans la langue française, ces expressions :

– être... rester sans voix – renvoient à la difficulté de traduire dans les mots l’éprouvé d’une émotion ».

Martine Dutoit, « Être et rester sans voix… », (2007)


Les « passeurs », dits Coyotl, sont des êtres pour le moins complexes. La référence à l’animal n’est pas fortuite, car le coyote est marqué par une historiographie symbolique chargée : à la fois escroc et spirituel, il fait craindre et rassure à la fois. Mais qui sont ce passeurs, ces Coyotl? D’un point de vue purement éthique, comment les considérer? 


Ici, je ne prétendrai pas répondre à ces questions, car me les poser est en soi suffisamment exigeant, mais nécessaire selon moi.


Le premier terme que me vient en tête lorsque je tente de décrire la démarche de cette exposition est « fascination ». Toutefois, le mot dérange, me dérange, car il semble insinuer une sorte d’admiration. 


Du latin Fascinatus, la définition étymologique me rend pourtant justice : « maîtriser par la force du regard » (Robert, dictionnaire étymologique de la langue française). Voilà ce qui m’habitait comme sensation –  et la raison pour laquelle ce vocable semble surplomber tous les autres.  


Mais de quel regard s’agit-il? Est-ce le mien sur ces images ou est-ce elles qui m’observent et s’imposent? 

Cette tension me semble provenir d’au-delà de ma personne. La géopolitique qui entoure ces images et leurs réalités explique probablement pourquoi mon individualité n’arrive pas à s’imposer… 


Ma création provient de cette fascination qui me permet à la fois d’agir, de réagir et d’observer, parfois presque passive et impuissante. Le thème lui-même appelle cet état d’esprit. Je ne suis que celle qui perçoit, qui juge, qui questionne et se questionne. Sans me permettre d’entrer dans l’intimité des drames humains qui se jouent concrètement dans ces zones, je ressens toutefois un effroi, une empathie profonde. Mon travail se veut en quelque sorte un hommage à ces vies, ces lieux, mais sans aucune prétention autre que celle de qui rend une des versions de cette tragédie qui se déroule pratiquement sous nos yeux. 


Ma démarche se veut en quelque sorte intuitive; ce qui renvoie nécessairement à une forme d’émotivité. Je reviens à cette fascinatus, car malgré une certaine « volonté de maîtrise par la force de mon regard », c’est avant tout votre regard qui donne la force à ces images; et qui, par le fait même, les rend fascinantes. Être sans voix, c’est aussi ça pour moi.